Pourquoi ce blog

Pourquoi ce blog? pourquoi avoir si longtemps hésité à l’entreprendre et m’être soudain décidé, il y a quelques jours, un an et neuf mois après la mort de mon père? Tout d’abord, parce que cette disparition m’avait laissé sans voix et sans conscience, jusqu’à refuser même la simple idée que mon père nous avait quittés, ma mère et moi, pour stupidement culbuter dans le néant, un acte d’une si écrasante banalité qui ne lui ressemblait vraiment pas, qui ne cadrait pas avec le personnage. Sternberg est mort, c’est absurde, avait titré Libération. Cette incrédulité, je l’ai décrite dans un hommage à mon père, pour le premier anniversaire de sa mort, qui a été reproduit sur le seul site consacré à Jacques Sternberg par un fervent admirateur de son oeuvre littéraire. 

Je ne peux pas déclarer qu’aujourd’hui j’admette enfin sa mort, totalement. Les visites hebdomadaires chez ma mère, dans cet appartement où tout rappelle son mari, surtout son bureau de travail resté inchangé, comme s’il allait revenir d’une course dans les cinq minutes, me donnent l’illusion qu’il est toujours là, bien vivant, et même si, pas une seule fois je ne l’ai revu, cette illusion reste apaisante pour moi.

Mais quelque chose a changé dans ma tête, depuis peu. Les initiatives prises par certains éditeurs français et étrangers -rééditions et traduction de livres de mon père- impliquent de ma part un investissement concret dans ces démarches. On continue de s’intéresser à l’oeuvre de Jacques Sternberg, et cela a fini par me stimuler, bien que je sois forcé de me rendre à l’évidence de son absence définitive, puisque je prends sa place, la place du mort, quelle horreur! Mais je suis son héritier, inutile de le nier et de fuir mes responsabilités. Et, finalement, je songe que j’ai le devoir non seulement « juridique » mais affectif de veiller à ce que son oeuvre continue de survivre le plus longtemps possible. Je le lui dois, ne serait-ce déjà qu’au regard de la rage d’écrire qui l’habitait, de sa seule et unique fierté qui était celle d’avoir écrit tant de livres, même s’il ne les aimait pas tous ; mais aussi parce que j’ai reçu de lui le goût d’écrire dès mon plus jeune âge, qui s’est transformé en vocation littéraire concrétisée bon an mal an par cinq livres publiés à ce jour, une activité qui a représenté pour moi le contrepoids à une vie professionnelle assez médiocre et reste à mes yeux ma seule et unique fierté également dans l’existence.

Et, de fil en aiguille, je suis pris d’une forte envie de parler de mon père. Précisément de cette activité littéraire qui nous a liés jusqu’au bout, ou presque, la maladie lui ayant ôté la faculté de lire mon tout dernier manuscrit, et, pis, sa mort m’ayant empêché de lui remettre le premier exemplaire de mon livre en janvier 2007, ce qui m’a profondément affligé. Autant dire que je parlerai d’une relation privilégiée, mais compliquée -ce qui en a fait tout son charme pimenté, en réalité-, puisque je suis ce que l’on appelle un fils de, statut notoirement délicat -et parfois même destructeur (ce qui n’a pas été mon cas, au contraire).  

Parler de mon père, encore une autre façon de le faire vivre et survivre, parler de lui sous un angle à ce jour inconnu qui pourrait intéresser ses lecteurs assidus, un véritable devoir de mémoire finalement, que je lui dois en tant que fils, d’ici les vingt petites années qui me restent à vivre. Mais, aussi parler de moi et de ma propre vocation littéraire qui, d’ailleurs, est littéralement en berne depuis la mort de mon père. En effet, j’avais autrefois songé, lorsqu’il était était encore vivant mais déjà âgé et malade, que sa disparition tuerait sans nul doute quelque chose en moi, sans savoir ce qu’était précisément ce « quelque chose » et sur lequel j’ai désormais une petite idée: sa mort a peut-être bien éliminé l’écrivain en moi. Il ne faut pas le lui dire, il en serait très malheureux…

En même temps, puisque le blog permet une certaine liberté de composition, c’est-à-dire d’aborder, au gré de l’humeur du jour, divers sujets, je prévois, parallèlement au thème majeur de ma relation avec mon père, d’autres « rubriques »: informations ponctuelles sur l’exploitation de l’oeuvre de Jacques Sternberg et les contacts auxquels je serais amené; des commentaires sur ses livres dont j’ai commencé la relecture intégrale; et, également, des notations épisodiques et plutôt intimes sur ce que je vis dans le quotidien pour tout ce qui se rattache à mon père qui ne cesse de hanter mon esprit, car, inutile de le nier, ce blog est également et surtout une composante importante de mon travail de deuil; mieux, une façon productive et positive de vivre ce deuil.

 

 

 

 

 

 

 


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