Etats d’âme

(23 heures) Découragement. Ce blog me fait peur. Maintenant, je vis du matin au soir avec un mort, réfléchissant une bonne partie de la journée à ce que je vais écrire sur lui, puis rédigeant mon article de blog, et, un peu plus tard, me plongeant dans la relecture de son oeuvre jusqu’à l’extinction des feux. Est-ce que je n’en ferais pas un peu trop ? Ne serait-ce pas finalement une démarche totalement morbide, donc une fausse bonne idée ? Et, est-ce qu’à ce rythme-là, je tiendrais longtemps ?

Certes, j’éprouve du plaisir à parler de lui, à tenter d’intéresser ses admirateurs, mais aussi pourquoi, de temps à autre, cela me gêne-t-il tant de parler de moi également, de me faire exister, par le truchement de la mise en scène de cette relation en miroir qui évoque immanquablement un de ces numéros de duettistes père/fils qu’il détestait tant ? Sauf que c’est moi qui mène la danse, en ma funèbre et pompeuse qualité d’héritier. Il n’avait qu’à pas mourir, merde alors !! et comme je m’en serais infiniment mieux porté !!

 Mais, malgré tout, pourquoi n’aurais-je pas le droit de parler de moi ? Et n’ai-je pas annoncé la couleur dans le titre de ce blog ? Ou alors faudrait-il en ôter mon (faux) nom et m’effacer complètement ? Mais que je sache, je ne lui ai pas volé ma vocation littéraire, il me l’a transmise et il en était ravi ; cet héritage n’a donc rien de frauduleux, et, dans ce cas, pourquoi le dissimulerais-je ?

 

 

 


Archive pour 23 juin, 2008

Un père impressionnant

En 1966, à l’âge de 19 ans et demi, ayant hérité de l’égotisme paternel, j’avais écrit mes souvenirs d’enfance et d’adolescence, avec comme titre: A la Recherche de la Défaite du Temps (je venais de découvrir Proust). Je ne résiste pas à reproduire ici le passage que j’avais consacré à mon père :

« Avec mon père, je n’ai que peu de contacts, à vrai dire. J’ai rarement l’occasion de lui parler, et le voudrais-je, que je ne pourrais point affronter ce face à face avec toute l’intelligence requise. En effet, cet homme qui s’entoure à mes yeux d’un grand prestige, en vertu de ce qu’il écrit, est peut-être le seul être humain qui m’ait vraiment impressionné au point que, devant lui, je me sente tout misérable, sans intérêt, désorienté et comme enchaîné par le regard méprisant qu’il porte souvent sur ma personne. Mais, je sens qu’il fuit tout aussi bien un quelconque échange prolongé avec moi, en réalité dès que je sors une phrase ou deux. Ceci explique pourquoi je n’éprouve pas,  à son égard, ce que l’on appelle de l’amour filial ; en revanche, je lui voue une incroyable estime, d’abord parce qu’il est un grand écrivain, puis, parce qu’il est la seule et unique personne qui réussisse à m’étonner, mieux, me déboussoler par son comportement. »

Autant dire que 1966 ne devait pas être une période faste dans nos rapports. A sa décharge, j’étais devenu très difficile à vivre, passablement dépressif et très irritable. Il n’avait pas toujours été comme cela avec moi, surtout quand j’étais enfant. Mon adolescence, pourtant peu revendicative et vindicative, l’avait éloigné de moi. Je le sentais déçu de n’avoir pas le genre de fils qu’il aurait souhaité, un garçon à son image, bourré de vitalité, ivre d’exercice physique, avec qui il aurait pu partager toutes ses pratiques sportives. Il enrageait de me voir, en vacances, passer le plus clair de mon temps à bouquiner dans ma chambre -lui, l’écrivain !

Nos relations ont commencé à changer, en 1969, quand je lui avais présenté une pièce de théâtre, très becketienne, qui l’avait enthousiasmé. Il devait sans doute songer: « Ce n’est certes pas un futur champion olympique, mais, au moins, peut-être une graine d’écrivain. » Il découvrait en moi un humour noir et cynique qu’il ne me soupçonnait guère. L’honneur était en quelque sorte sauf.

Par la suite… mais je m’arrête là, autrement si je relate déjà tout ce que furent mes rapports avec mon père, ce blog s’essoufflera très vite. Juste quelques mots encore. Bien plus tard, dans les années privilégiées de notre relation -quasiment leur âge d’or-, chaque fois que je lui confiais à quel point il avait pu m’intimider, m’impressionner autrefois, il riait et s’écriait : « Mais je n’ai jamais impressionné qui que ce soit ! » Est-ce tellement sûr?

 

 

 

 

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