« Jamais je n’aurais cru cela! » de Jacques Sternberg (1945)

Jamais je n’aurais cru cela! est le deuxième livre de Sternberg, publié sous le nom de Jacques Bert, à Bruxelles, en février 1945. Il s’agit d’un recueil de onze nouvelles, mais dont la qualité est très en deçà de son premier livre Angles morts, comme le fait remarquer Eric Dejaegger sur le site d’Alban consacré à mon père http://jacques.sternberg.free.fr . Certains textes évoquent la guerre, les maquisards ; d’autres paraissent sous influence du roman noir américain ; une autre, la première, qui porte le titre du recueil (et que je trouve la plus intéressante) sur un jeune auteur qui pond un livre à la diable en racontant tout et n’importe quoi, dont la publication immédiate le hisse au sommet de la gloire littéraire. Dans l’ensemble, on peine à y reconnaître l’écrivain que fut Jacques Sternberg.

Toutefois, une nouvelle détonne, En la regardant faire, non par sa qualité littéraire, mais parce qu’elle est manifestement d’inspiration autobiographique pour qui connaît bien la vie de l’auteur, et aussi la seule histoire (ou plutôt fragment d’histoire) d’amour dans le recueil. Les indices ne manquent pas. Les prénoms d’abord, Nat (diminutif de Nathan, premier prénom de Sternberg) et Mireille (une jeune fille que mon père a réellement connue pendant la guerre). Et un nom de lieu, Vic-sur-Cère en l’occurrence, ce qui indique que la nouvelle se passe dans le Cantal, où s’était réfugié mon père après s’être évadé du camp de Gurs en 1943. J’ajoute que ladite Mireille est également évoquée dans La boîte à guenilles publiée en novembre 1945. Qui était donc cette Mireille ? je n’en sais rien. Je croyais, au départ, qu’elle ne faisait qu’une seule et même personne avec Myriam, son premier amour à Cannes, mais ma mère affirme qu’il y a bien eu une Mireille dans la vie de son mari, à cette époque-là. Dont acte. Tout de même, la Mireille de En la regardant faire -récit d’un jeune amoureux jaloux- présente singulièrement les mêmes traits de caractère que ceux reprochés à Myriam dans les quelques lettres de mon père, que j’ai lues récemment: volage, infidèle, menteuse et versatile, donc la coquette type. Cette nouvelle est datée par Jacques: Un jour en juillet 1944, évidemment. Pourquoi évidemment ? Mystère. En 1944, mon père ne se trouvait plus dans le Cantal, et encore moins à Cannes. Elle me tracasse, cette Mireille ; il faudrait lancer un avis de recherche !

D’autres nouvelles du même recueil sont d’ailleurs également datées: 26 avril 44, 29 juillet 44, et août 44. Fin 44, Angles morts est publié, d’après des notes rédigées à Gurs en 1943 ; en février 45, Jamais je n’aurais cru cela! ; et en novembre 45, La boîte à guenilles. Cette datation engendrant une autre incertitude sur l’évolution littéraire de l’auteur, car il est très surprenant de voir débouler une écriture somme toute banale entre deux livres au style si imagé et percutant, traitant du même sujet, la détention en camp. 

Ces imprécisions et questions en suspens me font vraiment regretter de n’avoir pas entrepris ces commentaires de l’oeuvre de mon père au temps où il aurait pu me donner des réponses. Hélas, je n’échappe pas à la loi du genre: on honore plus les morts que les vivants…

 

 

 

 

 

 

 

 


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