Lectures

J’ai enfin terminé la relecture de l’oeuvre intégrale de Jean-Jacques, de façon précipitée, car il a été au-dessus de mes forces d’achever la lecture de sa Nouvelle Héloïse, vraiment insupportable d’emphase, avec tous ces torrents de larmes qui finissent par être grotesques. Le citoyen de Genève était non seulement un geignard de première, mais, pis, un pleureur frénétique, si l’on en croit ses Confessions. Il est vrai que ce type de sentimentalisme était devenu très mode, au fil du XVIIIème siècle. La preuve, la Nouvelle Héloïse a fait un tabac, surtout chez les femmes et dans les milieux populaires. J’ai l’impression que cela redevient à la mode, à en juger par tous ces champions sportifs qui, depuis quelques années, n’hésitent pas à chialer comme des veaux, qu’ils gagnent ou perdent. Idem avec les acteurs aux grandes messes de remise des prix. Et pourquoi notre cher Nicolas ne s’effondrerait-il pas en sanglots lors d’une prestation télévisée? Peut-être bien que cela lui vaudrait une remontée de 10 points de popularité. Le ridicule ne tue plus, il fait carrément vivre aujourd’hui.

Pour en revenir à Jean-Jacques, je continue de reconnaitre tout son génie, entre autres tactique; car, quelle belle stratégie finalement pour un auteur que de pondre quasiment en même temps des ouvrages de théorie politique et pédagogique immortalisés par la postérité et un best-seller dégoulinant de sentimentalité épaisse mais parfois truffé de longs développements sur sa vision de la société. Jean-Jacques, l’homme qui « sentait avant de penser » (pour reprendre ses propres termes) mais qui, même lorsqu’il pensait, avait hâte de sentir et même de jouir (dans sa tête, bien sûr). Car, finalement, sa chère Julie est assez bandante dans le genre ravissante blonde aristocratique à la chair laiteuse et aux formes épanouies, et, ce qui ne gâche rien, éternelle créature de fuite, sauf au moment de son trépas prématuré. Oui, Rousseau, pas si austère que cela, aimait les blondes grassouillettes aux gros seins, telle Mme de Warens, son premier amour. Il ne s’en cache pas dans ses Confessions. Pas plus qu’il ne dissimule de s’être beaucoup plus branlé qu’avoir fait l’amour in vivo avec des femmes. Ce lourd et funeste aveu est sans doute ce qu’il appelait se peindre de face, et non de profil comme Montaigne. N’empêche, fallait l’oser, à cette époque !

Pour me racheter de lui avoir si brutalement faussé compagnie, je me propose de passer un des ces jours un weeek-end à Montmorency et à Ermenonville, hauts lieux de la mémoire de Rousseau. Et lui succède Henry James, un auteur que j’ai lu et relu tout au fil de mon existence, depuis mes quinze ans. Je me suis donc plongé dans la relecture de l’intégrale de ses nouvelles, deux tomes dans la collection de la Pléïade, que complète un troisième volume tout récemment publié aux éditions de La Différence, dans un ordre strictement chronologique, ce qui va de soi, pour peu que l’on s’intéresse à l’évolution littéraire de l’auteur.  Henry James qui n’a pourtant rien d’un farceur m’amuse. Parce qu’il a un côté collection Harlequin pour intellos plus ou moins purs et durs, avec ses éternelles histoires d’amour, un homme et une femme se rencontrant, de milieux sociaux généralement opposés, de continents différents aussi (la jeune et naïve Amérique versus la perverse et vieille Europe), et l’art consommé d’entretenir un vrai suspense autour du dénouement, vont-ils ou non se fiancer et se marier ? Mais là où Henry James se distingue des standards de chez Harlequin, c’est que les occasions tristement manquées l’emportent sur les happy ends. Tiens, je remarque que mon père ne consacre rien à James dans son dictionnaire des idées revues (il faudra que je fasse un jour le mien !) -encore un goût littéraire que j’ai sans doute hérité de ma mère. Il aurait pu, cependant, Henry James ayant écrit pas mal de nouvelles et de récits fantastiques, dont le fameux Le tour de l’écrou.

Et bien sûr, puisque je viens d’évoquer notre grand homme, j’ajoute que je continue, parallèlement, de relire Jacques Sternberg avec un intérêt toujours grandissant. Par ordre chronologique, bien sûr, et j’y tiens. J’ai achevé de relire les Contes glacés qui me perturbent précisément au niveau de la chronologie (contes écrits dans les années fin 40 et début 50, et bien d’autres, postérieurement), ainsi que La sortie est au fond de l’espace que je ne considère toujours pas comme un de ses meilleurs romans, surtout au niveau du style (par exemple, le constant abus des mots « démence » et « dément »), mais qui m’inspire néanmoins pas mal de réflexions positives ; cela étant, je dois prendre le temps de les mettre en ordre pour les livrer dans ce blog.  Et, maintenant, il faudra que je me sorte d’une impasse pour ma prochaine lecture: La Banlieue (roman remarquable) a été certes publiée en 1961, mais écrite bien plus tôt, dans les années début 50. Mon problème étant de savoir si ce roman a été écrit antérieurement ou non au Délit publié en 1953. Y-a-t-il un spécialiste de JS dans la salle qui pourrait me répondre ?

Par ailleurs, pour en finir avec mes lectures (qui représentent pour moi l’activité la plus jouissive, avec l’écriture), je continue le seul vaste projet que j’avais assigné à ma retraite, effective depuis un peu plus d’un an : l’étude de l’Histoire du Monde ! après celle de Paris, finalement assez minuscule en comparaison, malgré tout mon amour pour cette ville. Oui, l’Histoire du Monde, juste pour ne pas crever idiot et savoir à peu près quel monde je quitterai.  Bien entendu, je patauge toujours dans l’Antiquité, au point de me poser la question lancinante : quand je mourrai, à quelle époque de l’Histoire serais-je parvenu ? Pas sûr que j’atteigne la fin du XXème siècle !  En tout cas, cette dite Histoire s’avère aussi vertigineuse et angoissante que la vision de la voûte étoilée traversée par la voie Lactée dans un lieu si possible exempt de toute pollution. Car j’avoue que, désormais, je considère avec encore plus de dérision et d’esprit de relativité ce qui se passe dans le monde d’aujourd’hui. J’en reviens forcément aux constats pessimistes érigés par des Rousseau, des Hobbes et des Sternberg, l’Histoire des Terriens n’aura été, dès ses primes origines et sans cesse, que massacres, guerres, conquêtes, occupations, soif de domination au seul nom du profit. A tel point que je me désintéresse de plus en plus de l’actualité, lisant de moins en moins les journaux -surtout depuis que Libération est devenu un torchon exsangue, bon il reste au moins Le Monde, qui n’est d’ailleurs plus que l’ombre de lui-même par rapport aux années 60. A tel point que je songe: mais pourquoi fait-on un tel flan autour de l’occupation des territoires palestiniens par Israël, et, maintenant, via BHL et son bouffon Glucksmann, autour de la menace d’occupation de la Georgie par la Russie ? Mais le plus débile des habitants du bassin méditerranéen au temps des incessantes et vastes invasions sanglantes sous l’Antiquité nous rigolerait au nez et nous inviterait à un peu plus de lucidité et moins d’illusions sur le sens véritable de l’Histoire. Ce pourquoi, oui, je l’avoue, j’ai fini par adopter une vision de notre époque assez sèche, peu compassionnelle, voire cynique mais surtout réaliste, sans renier pour autant mes convictions politiques ancrées très nettement à l’extrême gauche de l’échiquier politique, sauf que je préfère de loin la tête de Trotski au visage lisse de parfait gendre catho qu’arbore Besancenot.

 

 

 

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