Actualité (1)

Au fait, il comparaît quand en justice, Siné, poursuivi par la LICRA ? Le 9 septembre, je crois me souvenir. Je serai dans les Cévennes. Mais est-ce que les médias en parleront haut et fort ? J’en doute. Toutes ces affaires tonitruantes qui se dégonflent de façon si abrupte. L’ère du zapping forcené. Et, au fait, le sinistre Fofana, que devient-il ? On n’en entend absolument plus parler, étrange. C’est si long que cela, une instruction ? Les faits remontent quand même au début de 2006. Serait-ce prouver la circonstance aggravée de l’antisémitisme qui nécessiterait autant de temps ? De plus en plus étrange. Ledit antisémitisme ne serait donc pas aussi criant qu’on a bien voulu nous le faire croire. Tout ce tollé qui a abouti à une humiliante manifestation de protestation de ces Juifs que l’on avait parqués à vingt mètres ou même plus en arrière du carré du Tout-Paris mondain des Droits de l’homme. Histoire que, cette fois-ci, une bombe ne frappe pas que des Français innocents ! Cette brute de Fofana qui a eu, en plus, le malheur -comme si son meurtre n’était déjà pas assez horrible en soi- de penser qu’il serait a priori plus rentable de prendre un Juif en otage plutôt qu’un maghrébin forcément sans le sou. Il s’est planté en beauté, la famille du pauvre Ilan ne roulait pas sur l’or.

Les grosses têtes pensantes de la politique dispensent beaucoup de conneries, depuis quelque temps. On trouve normal que Cohn-Bendit (qui me paraissait d’une autre envergure autrefois en mai 68) assimile, pour protester contre la présence du Président à l’inauguration des J.O,  la Chine à l’Allemagne nazie, et, encore plus crétin, qu’il dénonce l’effigie de Mao-Tsé-Toung, le père de la révolution chinoise, sous laquelle devront se dérouler les Jeux. Mais les Chinois ont entendu la leçon, apparemment : leur époque révolutionnaire, complètement squeezée de leur histoire nationale retracée par un spectacle de chorégraphie quelque peu kitsch au moment de l’inauguration. Et l’effigie de Mao, elle se trouvait où ? Pas un seul plan de télé qui l’ait montrée… Et, Olivier Besancenot, qui vient d’en sortir une bien bonne aussi : une révolution n’est pas à exclure dans notre pays, vu la crise dans laquelle le capitalisme est plongé, ça risque de chauffer, camarades, et on va s’y préparer, ajoute-t-il. Une révolution en France ? Et qui va la faire, cette révolution ? Il y a encore un prolétariat digne de ce nom dans ce pays ? Ou alors l’on compte sur les banlieues sinistrées et les SDF ? Déjà, en mai 68, il fallait être singulièrement naïf pour croire en la possibilité d’une révolution, alors, quarante ans après… On tremble ! Faudra que Sarkozy trouve une arme plus efficace que son karcher, oh là, je vais vite planquer mes économies en Suisse, tiens.

Mais bon, on a quand même trouvé une nouvelle cause à défendre, portée à bout de bras par BHL et le fils de son bouffon Glucksmann :  la Georgie, lâchement attaquée par la Russie, et, pan, de nouveau le spectre de la guerre froide et l’épouvantail du crypto-communisme qui colle finalement à la peau des Russes, c’est plus fort qu’eux, le naturel revenant au galop. BHL, c’est son obsession, l’anti-communisme tout naturellement doublé d’un pro-américanisme frénétique, il a bâti sa carrière là-dessus, avec sa Barbarie à visage humain, en 1977, ce simpliste et abusif amalgame des totalitarismes nazi et bolchévique (qui remonte d’ailleurs à Hanna Arendt, sauf erreur de ma part), dans la foulée des témoignages du faux Dostoievski qui vient de mourir, ledit Soljenitsyne, aussi nationaliste, réac et mystique, mais sans le génie du vrai Fédor. Le même BHL qui osait s’écrier, lors de l’invasion américaine en Afghanistan, dans un article quelque chose du genre « Preuve est faite qu’un peuple peut se libérer de n’importe quelle tyrannie ». Ouais, moyennant un déluge de bombes américaines sur des gens qui devaient être à peine aussi armés que les Polonais avec leurs lances au moment de l’invasion allemande en 1939. Et son article sur la dernière guerre au Liban : « Sderot, ville martyre ! » s’écriait-il. Quelle indécence au regard des milliers de civils morts sous les bombardements de Tsahal !

 

 

 

 


Archive pour 24 août, 2008

Dieu et ses religions

Dans l’Histoire du Monde que je potasse ferme, comme si je devais passer un concours d’agrégation de prof d’histoire dans les six mois qui viennent, toutes les descriptions ayant trait aux diverses religions me tombent immanquablement des mains et de la raison qui gouverne mon esprit. La foi et la croyance méprisent souverainement la raison, et c’est bien cela que je déteste.

Le christianisme (surtout le catholicisme) la religion la plus meurtrière et hypocrite, bien plus que l’Islam, toujours au service du pouvoir et des nantis, avec ses dogmes incompréhensibles -que peut bien signifier cette abracadabrante histoire de sainte Trinité, ce polythéisme déguisé ?-; cette religion à vocation universelle donc à prétention ouvertement hégémonique, fondée sur l’enseignement du Christ, ah oui ! parlons-en. Cet horrible « Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui l’autre joue. » Dire que d’aucuns en font un révolutionnaire ! Et le mirage de cet incrédible royaume des cieux dont il nous bassine de façon obsessionnelle ?  »Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux ! », puis cet aveu de son étourdissante démagogie, qui répond à une question de ses disciples : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles? » : « Je leur parle en paraboles, parce qu’en voyant ils ne voient point, et qu’en entendant ils n’entendent ni ne comprennent. » A qui s’adressait donc le Christ ? Aux abrutis de tout poil, c’est clair. Une religion de faibles, d’esclaves et de crédules, disait en gros Nietzsche. Qui, au final, ne les aura que mieux exploités et dupés, au nom du sinistre crucifié dont on ne saura jamais quelles furent ses réelles intentions. Et si Jésus était l’envoyé du Diable sur terre ?

On fait grand cas du bouddhisme qui, je sais, je sais, n’est pas tant une religion qu’une pensée dite philosophique. Une pensée vouée à transformer l’être humain en légume quasi grabataire, en surzombie. Ce fameux Nirvana, qui passe par l’annihilation des désirs et des souffrances, autant dire par la dépossession de tout ce qui incarne le plus fort de la vie. Ce qui n’empêche pas pour autant le Daila Lama d’avoir l’air d’un petit bonhomme facétieux et madré qui ne s’en laisse pas compter par les désolantes simagrées des membres de la classe politique française qui s’empressent à reculons et en tout cas par pur et criant opportunisme de venir lui faire risette.

L’Islam, je n’en dirai pas grand-chose. Une religion qui a été conquérante, oui, mais quelle civilisation, quand même, en ce temps où l’Europe n’était qu’un trou à barbares incultes. Une religion très pompée du judaïsme, ce qui est un plus pour moi. Du judaïsme, précisément, je ne dirai pas grand-chose non plus. C’est trop compliqué. Mon père, dans une interview à l’occasion de la sortie de ses histoires sur Dieu, moi et les autres, avait déclaré :   »Dans mon livre, il y a d’abord le côté aberrant de ne pas croire en Dieu et de faire comme si on y croyait. C’est très juif, ça. Le Juif a toujours énormément dialogué avec Dieu…. Albert Cohen dans ses carnets écrit des supplications à Dieu auquel il ne croit pas. Il y a cette phrase extraordinaire de lui que je cite de mémoire : Tu sais bien, mon Dieu, qu’il n’y a que toi qui aies compté pour moi, même si tu n’existes pas. » Et, vrai, notre-Dieu-qui-n’existe-pas est un personnage formidable. Il a vraiment tous les défauts de la mère juive, telle qu’on la caricature : jaloux, possessif, exclusif, susceptible et exigeant, culpabilisant, atteint d’un sentiment de mal aimé à nul autre pareil, sans cesse dans le chantage affectif, colérique, etc. En échange, il a fourgué à son peuple une terre pourrie qui, deux mille ans après, est devenu le seul et unique coin de la planète où les Juifs doivent encore lutter pour leur survie. Et, au fait, Yaveh, il était où, pendant la guerre ? Pourquoi se taisait-il ? On s’est souvent posé cette question, oui. Il se planquait ? Il a été arrêté dans une quelconque rafle et gazé ni vu ni connu ? Ce Dieu-là, j’en parle d’ailleurs dans mon dernier livre Tuez-moi (pages 101 à 105), le seul passage vraiment drôle et dans la veine de l’An prochain à Auschwitz dans ce livre par ailleurs assez funèbre ; Dieu qui squatte le domicile de mon personnage et lui en fait baver un maximum.  

Bref, ne demandez jamais à un Juif d’attaquer sa religion, même s’il est athée. Quelque part, elle lui tient trop à coeur, elle fait partie de son identité. Il me revient l’histoire juive suivante :

« Une dizaine de Juifs se retrouvent, après un naufrage, sur une île déserte. Au bout d’un certain temps, des sauveteurs les retrouvent. Au vu de deux constructions strictements semblables et bâties l’une à côté de l’autre, ils interrogent les Juifs. « C’est quoi, ces deux bâtiments? -Ce sont deux synagogues. -Deux synagogues pour une dizaine de personnes ? -Oui. L’une pour ceux qui croient en Dieu, l’autre pour ceux qui n’y croient pas. »

Pour terminer, voyons ce que Sternberg écrit sur la religion, dans son dictionnaire des idées revues:  « J’ai toujours haï la religion parce qu’elle exclut tout humour. De même, je déteste les églises et les cathédrales, ces pompeuses architectures qui sanctifient le grand Rien et ont englouti des fortunes qu’on aurait pu distribuer à des humains, au nom de la mythique charité chrétienne. Mais je serais volontiers entré dans une église appelée Notre-Dame des Athées. » Cela m’évoque un lugubre souvenir. Cet après-midi du jeudi 5 octobre 2006 où il a fallu hospitaliser mon père qui allait de plus en plus mal, à seulement six jours de sa mort. Dans l’ambulance, il a demandé : « Où allons-nous ? » Je lui ai répondu: « A l’Hôtel-Dieu. » -C’est où ? -Juste à côté de Notre-Dame. -Charmant ! avait-il lâché d’un ton méprisant, en levant les yeux au ciel.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sternberg, les psys et les universitaires

Il n’échappera à personne que, depuis quelque temps, j’écris « Sternberg » et non plus « Jacques Sternberg ». Aurais-je donc fini par admettre qu’il n’y a qu’un seul Sternberg écrivain ? Qu’en penserait donc un psy ?

Je reviens à mon portait clinique de J.S. Je le relis, et une chose me frappe. Il transpire vraiment une admiration à peine latente. « Intelligence originale, largement supérieure à la moyenne ». Ben, voyons ! D’un autre côté, c’est la vérité, et même une évidence qui se répercute jusque dans ses résultats du Rorschach. « L’imagination est évidemment prévalente ». Cet évidemment (c’est-à-dire : Comment pourrait-il en être autrement ?) qui trahit la partialité de l’apprenti psy que j’étais. Et si, en définitive, ce portrait du père en disait également long sur le fils de ?

Je n’ai jamais communiqué ce portrait à mon père. Il n’était pas du tout demandeur, notoirement hostile aux psys et à tout ce qui ressemblait de loin ou de près à la psychologie. J’imagine d’ailleurs sa tête, s’il avait dû lire ma prose analytique. Il aurait écarquillé les yeux de stupéfaction, poussé ce « Hein ! » prolongé qui marquait habituellement sa sidération et son incompréhension. Cela n’aurait pas arrangé sa piètre opinion de la psychologie. Et, finalement, il serait écrié : « Je ne comprends pas un seul mot de ce que tu as écrit ! »

 Les longues descriptions aussi psychologisantes que tortueuses, à la Henry James ou à la Proust, n’étaient pas (et volontairement) son fort, dans sa littérature. Ce parti pris se retrouvait, également, dans le Nouveau roman (et c’était peut-être une des raisons pour laquelle Jérôme Lindon, directeur des éditions de Minuit, avait été séduit par le manuscrit de L’Employé, en 1958, lequel était vraiment un roman nouveau au sens plein du terme). Cependant, mon père n’était pas dénué, dans la vie, de tout sens psychologique. Il marchait à l’intuition, souvent clairvoyante ; il était dans l’immédiateté ; tout comme Rousseau, il sentait avant de penser.   

Il avait décidément une sainte horreur (ah! son fameux « J’ai horreur de », violemment accentué sur la dernière syllabe, que j’ai repris malgré moi) de tout grand discours empreint de pédantisme universitaire. Il ne méprisait pas seulement l’Université, mais tout le système éducatif. Il aurait volontiers partagé les théories de Jean-Jacques dans son Emile -eût-il accepté de les lire- qui, en gros, rejetaient toute éducation intellectuelle avant les seize ans du gamin. Haro sur la lecture, l’écriture, la musique, l’histoire, mais aussi -ce qui est bien, en revanche- sur l’éducation religieuse. Toujours au nom de son dogme : sentir avant de penser.

Pour ma part, autant je ne dois rien à l’école et au lycée, autant les études supérieures m’ont donné la sensation de devenir nettement plus intelligent ; je ne dis pas « plus cultivé » (puisque je l’étais déjà pas mal à 11 ans, sans vouloir me vanter, une fois n’étant pas coutume ), mais « plus intelligent », nuance ! Je pense que, indéniablement, les études supérieures apprennent à penser et à s’exprimer d’une façon logique et rigoureuse, synthétique -et analytique quand il le faut vraiment-, dont sont dépourvues en général les personnes sans bagage universitaire.

Et mon père, malgré tout son dédain de l’université, ne m’aura jamais empêché de prolonger mes études sur les bancs de la fac jusqu’à plus soif. Pas l’ombre d’une remarque. Juste la précision :  »On n’a pas besoin de suivre des études supérieures pour devenir un écrivain ou même un journaliste. » Ce qui était vrai.  Et, tiens, voici deux appréciations de mon père sur l’université tirées de son Dictionnaires des idées revues:

« Universitaire (extraits) : Un véritable créateur n’a pas besoin de se gaver, comme une oie, de la pâtée culturelle de l’université. A force d’ingurgiter, cela finit par lui enlever toute fraîcheur et ne lui donner, en échange, que des modèles, des sources de plagiat. Quand on pense que ceux qui donnèrent au jazz toute sa vie, sa vitalité, son originalité, ne connaissaient même pas le solfège. »

« Université »: Univercécité conviendrait mieux, dans la plupart des cas. »

Il avait toutefois une mentalité assez élitiste et égocentrique. Ses opinions, il ne les tirait que de sa seule et propre personne. N’ayant pas même décroché le bac (mais il avait d’autres chats à fouetter à Cannes 40-41 et pas forcément si désagréables que cela à fouetter !), il s’était totalement fait lui-même, au gré de ses goûts personnels et la guerre aidant (eh oui ! la guerre peut aider pour peu que l’on en survive, c’est malheureux à dire mais c’est ainsi). Il possédait une authentique et énergique nature d’autodidacte. Et il est devenu un non moins authentique écrivain. Mais un tel destin n’est pas donné à tout le monde. Car, alors, on en fait quoi, des gens beaucoup moins doués, qui représentent quand même une écrasante majorité ? Les études aident, cela sert à cela. A vous extirper de l’ignorance, du vide intellectuel et d’un mode de pensée mal dégrossi -pourvu que vous ayez des parents qui puissent vous paier des études prolongées. La pensée créative et divergente n’est que l’apanage des happy few, qui, contrairement à l’idée reçue, ne sont pas tous des rejetons de la « haute ».

La psychologie m’aura passionné pendant plusieurs décennies. Déjà aux confins de l’adolescence, j’avais le nez plongé dans des livres non seulement de biologie mais de psychiatrie. La maladie mentale m’attirait irrésistiblement. Mais je n’en étais pas au même stade que Dostoievski (autre écrivain auquel je voue une grande admiration, mais sans tendresse pour l’homme qu’il était), auteur de cette phrase qui m’a toujours amusé : « J’ai un grand projet : devenir fou. » A vrai dire, l’assez brillant succès de mes tardives études de psychologie ayant débouché sur une année de chômage jusqu’à ce que je m’introduise dans le peu séduisant rang de petit fonctionnaire de ministère, je me suis complètement détourné de la psychologie, et même de mon cher Freud, lequel faisait tant « rigoler » mon père.

En ne devenant pas un psychologue professionnel, je n’ai peut-être pas loupé grand-chose ; j’ai sans doute même évité un redoutable échec. En première année de psycho, j’avais posé à un de mes professeurs la question suivante : « Peut-on exercer le métier de psychologue quand on est soi-même très névrosé ? » C’est dire que j’avais de sérieux doutes sur mes aptitudes dans ce domaine. Et, aujourd’hui encore, deux femmes -ma mère et ma compagne- me disent quelquefois : « Pour quelqu’un qui a un DESS de psychologie, tu es vraiment peu psychologue. » Dont acte. Il n’en demeure pas moins que, sur le plan de ma carrière professionnelle révolue, puisque je suis à la retraite depuis un an, je songe : « Si cela était à refaire, je suivrais des études de médecine pour devenir psychiatre. » En ajoutant parfois, histoire de rire : « psychiatre dans un goulag ».

Quant aux grands discours, ils m’ont en fait toujours tapé sur les nerfs. En mai 68, tout particulièrement. Mais sans doute un peu par envie de tous ces beaux parleurs, étant quelque peu un handicapé de la parole. Encore un trait qui me différenciait de mon père.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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