« MAI 68″ écrit par Lionel Marek en 1969

En mars dernier, j’avais proposé à Yves Pagès, de chez Verticales, de lui soumettre un texte de soixante pages que j’avais écrit au début de 1969 sur les événements de Mai 68. Une publication paraissait déjà inenvisageable, compte tenu du déferlement de livres sur la question ;  je m’y prenais certes un peu tard, mais je tenais néanmoins à disposer de l’avis de mon éditeur sur l’intérêt de mon texte. L’ayant retravaillé en veillant bien à ne pas en affadir la spontanéité toute juvénile (23 ans), je le remis à Yves Pagès début juillet. Je viens d’avoir son avis. Il m’a lu avec grand plaisir, il a vu tout l’intérêt de ce document sur le vif, mais, hélas, comme je le subodorais largement, les impératifs de la stratégie éditoriale ne permettent pas la publication d’un tel texte qui « arrive après la bataille ». Tout naturellement, Yves Pagès m’a suggéré de placer mon texte sur mon site. Ce que je fais, dès ce jour. En effet, je n’ai nulle envie d’attendre le cinquantième anniversaire de Mai 68 ; j’aurais alors 72 ans, ou peut-être même serais-je déjà sous terre, ce qui n’est pas mieux. Puis, vu le chiffre de ventes de mon dernier livre (un contre-exploit), il ne serait pas impossible que mon lectorat sur le Net puisse être au moins égal à ma maigre récolte via le circuit éditorial, pourtant renommé, puisqu’il s’agit de la maison Gallimard qui exerce pleinement sa tutelle sur VerticalesOn fait de plus en plus grand cas de la mise en ligne de textes, échappant ainsi aux dures lois du marché éditorial, qui priveraient l’accès à de vrais talents littéraires. J’avoue n’avoir pas d’avis particulier, pour le moment, sur la question ; mais plutôt une sensation désagréable, car, étant parti d’assez haut dès mon premier roman, je n’ai fait que dévaler la pente depuis vingt ans pour échouer au fond d’un trou creusé par le silence bétonné de la critique littéraire ; dès lors, je ne puis m’empêcher de songer que l’utilisation du Net n’est destinée en tout et pour tout qu’aux écrivains ratés d’une façon ou d’une autre (pas seulement par absence de talent, mais aussi par manque d’entrées dans le milieu littéraire). J’espère me tromper. Après tout, les sites de rencontres avaient naguère la minable réputation de n’attirer que des quinquagénaires cinglés ou laissés pour compte, voire dévastés par un divorce ou une rupture ; or, il s’avère aujourd’hui que plus d’une bonne moitié des trentenaires ont recours à ce genre de site pour rencontrer l’âme-sœur.  Cela étant, au jour d’aujourd’hui, je n’ai certes pas confiance en la justice de notre pays, mais en l’avis des éditeurs, à condition de trouver celui qui serait le plus susceptible d’apprécier votre littérature. Je suis sans doute resté naïf, peut-être par réflexe de classe sociale plus ou moins privilégiée, mais surtout parce que, jusqu’à maintenant, j’ai toujours trouvé un éditeur pour donner vie à chacun de mes manuscrits (à l’exception d’un seul texte) dont aucun n’était, a priori, très vendeur. Et j’oserais même avouer que je ne crois absolument pas, même en l’état fortement dégradé du monde de l’édition actuel, que l’on pourrait passer à côté d’un réel génie. Déjà dans les années 50 et 60, mon père avait trouvé des éditeurs pour ses œuvres les plus audacieuses, Eric Losfeld, puis Jérôme Lindon. Lesquels avaient publié respectivement des auteurs surréalistes et les auteurs du Nouveau roman. Le mythe du « génie méconnu » n’est que faribole, de nos jours. Et, de grâce, ne revenez pas à l’exemple archi-usagé de Van Gogh, qui finit par dater quelque peu. A mon sens, en bon marxiste « nietzschéen » que je suis, c’est l’époque qui a changé ; peu propice par son amollissement général dans nos pays de grasse surconsommation -son Histoire en première ligne- à pondre autre chose que de sempiternelles variantes édulcorées de ce qu’aura produit l’art dans son incomparable explosion créatrice du vingtième siècle jusqu’à ses années 60-70 -inutile de le nier,  pour reprendre un des tics d’écriture de Sternberg !   En revanche, et, à titre personnel, je me méfie de la critique littéraire qui fait vendre au gré des tendances de l’époque. Elle n’ose évidemment plus, par simple souci de crédibilité professionnelle, ensevelir sous son silence, des génies littéraires (lesquels, d’ailleurs?), mais en revanche ne s’en prive pas avec des talents plus ou moins affirmés comme le mien, par exemple, pour peu qu’ils ne correspondent pas aux canons de l’air du temps éminemment volatiles ou la pensée politiquement correcte un peu plus durable. Et, in fine, je me méfie encore plus de la vox populi. A l’instar de Nietzsche, je ne suis pas un grand démocrate dans l’âme, quoique, contrairement à lui, j’aie de grands principes quasiment révolutionnaires –ce dont vous vous apercevrez en lisant mon texte sur Mai 68. Quelle habile transition, trouvée au fil de la plume ! 

 


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