« MAI 68″ (AVANT-PROPOS)

AVANT-PROPOS DE L’AUTEUR 

Ces textes sur mon itinéraire politique ont été écrits entre 1969 et 1972. Le premier relate mon Mai 68 à moi, dont j’ai assisté aux prémices à la faculté de Nanterre. Ecrit au premier trimestre 1969, il s’agit donc du récit d’un vécu d’autant plus proche des événements que, pour l’essentiel, il était tiré du journal intime que j’avais rédigé, au fil des jours de mai 68. Il ne s’agit donc nullement de souvenirs rameutés par la mémoire pâlie d’un sexagénaire, mais d’un écrit à chaud, sans aucune fioriture littéraire et dépourvu de toute tentative d’explication, faute de recul suffisant. Juste le témoignage d’un jeune homme de 22 ans, déchiré entre l’appartenance à un milieu social bien plus intellectuel que bourgeois, une détestation prononcée du genre humain et, nonobstant, des idéaux marxistes résolument outranciers ; un témoignage dont tout l’intérêt est de montrer in vivo avec beaucoup de sincérité une certaine mentalité qui ne pouvait qu’appartenir au tournant des années 60 et 70.    

Je tiens cependant à préciser qu’à la relecture de ces trois textes, à l’âge de 62 ans, je ne rougis pas des idées qui y sont exprimées, même si elles peuvent paraître emphatiques, doctrinaires, voire d’autant plus inquiétantes qu’en gros j’ai toujours gardé peu ou prou les mêmes convictions politiques, et que par conséquent ces textes n’ont pas même l’excuse de la jeunesse. Je n’ai certes jamais été un militant, cette activité étant incompatible avec ma nature profonde, mais plutôt un « révolutionnaire en chambre close ». En contrepartie, je suis donc toujours resté fidèle à mes idéaux, me gardant bien de juger l’Histoire a posteriori (plus particulièrement de ce que l’on appelle le totalitarisme communiste) avec toute la morgue hystérique des belles âmes de type BHL et d’aujourd’hui encore, au nom de la sacro-sainte morale des droits de l’homme ; mais aussi, je n’ai jamais eu l’ambition de devenir un bourgeois gras et influent, à l’instar de pas mal d’anciens soixante-huitards. En effet, prodigieusement indolent et peu soucieux de m’enrichir, j’ai choisi de me borner à une médiocre carrière professionnelle de bureaucrate dont le seul et précieux avantage aura été de me laisser la cervelle suffisamment disponible pour écrire et publier, bon an mal an, cinq romans. 

Par ailleurs, je n’éprouve aucune espèce de nostalgie des événements de 68, que j’aurai finalement vécus en dilettante, ni à fond dedans ni vraiment en dehors, et avec un constant esprit de dérision qui n’épargnait pas même ma propre personne –dont je trace un portrait peu flatteur-, hormis pendant quelques rares moments de vive émotion et d’exaltation, plus précisément lorsqu’à la mi-mai 68, avec les premiers pas de la grève générale, l’on commença à croire une révolution possible dans notre pays. Cette distance m’épargne au moins d’avoir à mon âge une calamiteuse mentalité de vieux combattant des barricades, et, disons-le, de vieux con, mais non de penser, au vu des manifestations et des revendications uniquement catégorielles des étudiants d’aujourd’hui que la jeunesse est devenue singulièrement dénuée de tout idéalisme ; des jeunes en vérité très adultes, qui ne se payent pas de mots et de théories fumeuses, et, même, oserais-je le dire ? précocement vieux d’esprit. Mais les temps ont changé, bien évidemment, et la société de consommation que nous voulions dynamiter en 68 est devenue encore plus putride ; elle triomphe même, formatant tous les cerveaux, tous milieux sociaux confondus, du berceau au tombeau -depuis la chute de l’empire soviétique qui aura fini, force est de l’avouer, d’affubler l’idéal communiste d’une sale gueule.    

 


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