Chronologie de Jacques Sternberg

 

En support de l’autobiographie de mon père, dont j’ai achevé la première version, j’ai établi une chronologie de l’écrivain dont un des avantages est de faire découvrir de façon assez détaillée sa jeunesse (années de guerre et ses débuts d’écrivain de 1945 à 1953). Cette chronologie a également été mise en ligne sur l’excellent site de Denis Chollet :  http://jacques-sternberg-liconoclaste.perso.sfr.fr/index…. , à la rubrique « Inventaires ».

 

CHRONOLOGIE DE JACQUES STERNBERG 

1923  17 avril : naissance à Anvers (Belgique). 

1930-1940 

Scolarité de cancre. En butte à l’autoritarisme de ses professeurs et de son père. Découvre le cinéma burlesque américain, les dessinateurs français de la fin du XIXème et début XXème siècle. Pratique le vélo, le patin sur glace et le tennis. Prémonition « surnaturelle » du futur univers de L’Employé

1940. 

Dès l’invasion de la Belgique par l’Allemagne, la famille quitte Anvers (11 mai), fuyant les armées allemandes au rythme de ses avancées. Paris (16-19 mai) ; Arcachon-Le Moulleau (20 mai-20 juin) où Sternberg pratique la voile ; Biarritz (20 -27 juin) ; Cannes (30 juin). Sternberg découvre la littérature française, dont Céline et Maupassant, Zola, Paul Bourget, François Coppée (octobre). 

1942 

Assignation à résidence de la famille Sternberg à Théoule-sur-Mer (mars). Rafles antisémites en Alpes-Maritimes (26 et 27 août). Départ de Myriam pour les Etats-Unis. Sternberg découvre la littérature américaine, dont Faulkner et Caldwell. La famille quitte Cannes, sous le faux nom de Sabatier (prénom Claude pour Jacques Sternberg) en vue d’une émigration en Argentine, via Barcelone (24 octobre). Traversée des Pyrénées, à hauteur d’Osséja, avec deux passeurs (27 octobre). Arrestation à Barcelone (30 octobre). Reconduction en France, à Cerbère (3 novembre). Reconduction à Barcelone (4 novembre). Reconduction en France, à Bourg-Madame (10 novembre). Invasion de la zone libre par les Allemands, transfert de la famille au camp Joffre, à Rivesaltes (11 novembre). La sœur de Sternberg est libérée et rejoint de la famille dans le Cantal. Transfert du père, de la mère et du fils au camp de Gurs (25 novembre). 

1943 

Déportation du père au camp de Majdanek (27 février). Libération de la mère (1er avril). Evasion de Sternberg, alors qu’il est emmené vers un camp de travail proche de Clermont-Ferrand (3 mai). Hébergé par son oncle Jacques Lacloche à Mougins (début mai-7 octobre). Il y écrit ses premières nouvelles, de teneur réaliste (à partir de juin). Rejoint sa famille à Vic-sur-Cère, dans le Cantal (8 octobre). Sternberg pratique le ski au Lioran et se fait de multiples relations. Il porte un nouveau faux nom : Georges Rabois. 

1944 

Travail d’agriculteur chez un fermier, à Lezoux (fin avril-mi-juin) ; retour à Vic-sur-Cère, au cours duquel il tombe nez à nez avec une colonne de blindés allemands à l’entrée du tunnel du Lioran (17 juin). Aurillac aux mains des FFI (11 août). Sternberg s’enrôle malgré lui dans les FFI (15 août). Opérations militaires à Lyon (30 août-5 septembre). Il quitte les FFI et retourne à Vic-sur-Cère. Retour à Bruxelles (octobre). 

1945 

Sternberg enchaîne des articles dans la presse belge marqués par la guerre. Parution de Jamais, je n’aurais cru cela, un recueil de nouvelles, sous le pseudonyme Jacques Bert (mars). Part en tournée avec les Comédiens routiers belges en Hollande (juin). Il écrit un deuxième roman, La sortie est au fond du gouffre, ébauche de La sortie est au fond du couloir. Il rencontre Francine, sa future femme (août) et entame la vie commune, un mois après. Parution d’Angles morts, une plaquette de trois contes, dont l’un est de veine fantastique à la Jean Ray (septembre). Déménagement du couple au 93 rue Defacqz, à Bruxelles (octobre). Sternberg débute ses petits boulots précaires. Parution de son premier roman La boîte à guenilles qui relate son internement à Gurs, toujours sous le pseudonyme de Jacques Bert (décembre). 

1946 

Mariage avec Francine (27 mars) ; naissance du fils, Jean-Pol (4 juillet). Installation au rez-de-chaussée de la maison familiale d’Anvers. Se lie avec Guy Vaes qui lui fait découvrir le jazz et le dessin d’humour américain. Emploi au « Matin » d’Anvers, comme rédacteur de faits divers (décembre 1946 à avril 1947). Découverte des  Tropiques de Henry Miller (décembre). 

1947 

La famille quitte Anvers pour regagner Bruxelles (avril). Séjour à Paris (mi-mai à novembre) où il travaille dans la bijouterie de son oncle Jacques Lacloche et contacte des éditeurs pour placer La sortie est au fond du couloir (Georges Lambrichs chez Minuit, Henri Poulaille chez Grasset, Laffont) qui sera refusé ; habite au 4, rue Georges-Berger où le rejoignent sa femme et son fils en septembre. Il débute La ville (première ébauche du Délit). De retour à Bruxelles, il devient emballeur à l’Amitié par le Livre fondée par Louis Gérin (décembre). 

1948 

La famille emménage au 63, rue Gachard (fin juin). Critiques de films dans des revues (été). Louis Gérin licencie les employés de son service d’expédition, dont Sternberg (août). Emploi de secrétaire de librairie chez J-L Kellinckx (septembre). Ecrit des nouvelles fantastiques que l’on pourrait qualifier d’expressionnistes. L’une d’elles, Le raccourci (écrite fin 1947) paraît dans une plaquette intitulée Touches noires, premier texte signé Jacques Sternberg (décembre). 

1949 

Ecrit ses premiers contes brefs fantastiques (janvier). Refus de La sortie est au fond du couloir par Julliard et envoi de contes à la NRF (février). Devient associé du rayon bouquinerie de Kellinckx (avril). Une dizaine de contes sont publiés dans la revue « Points » de Marcel Bisiaux, par l’entremise de Jean Paulhan (juin). Refus de La ville chez Julliard (juillet). Refus d’un troisième manuscrit, Le Suicide chez Julliard (octobre). Les contes de Sternberg sont lus dans un cabaret littéraire, « La Poubelle » tenu par Jo Dekmine, ainsi que publiés dans l’hebdomadaire satirique Pan (décembre). 

1950 

Refus de La ville chez Minuit ; refus du Suicide à la NRF (janvier). Départ pour Paris pour occuper un poste de responsable à la succursale du Club du mois du livre (mars). Refus de La droite n’a pas de fin, un quatrième manuscrit, chez Minuit, Julliard et au Seuil (avril). La femme et le fils rejoignent Sternberg à Paris, emménagement au 3, avenue Mac-Mahon (mai). Refus du Suicide au et de La ville au Seuil (juin-août). Rencontre de Marcel Béalu (novembre). Refus de La droite n’a pas de fin par Albert Camus, à la NRF (décembre). 

1951 

Installation dans un appartement de trois pièces situé à la Porte d’Auteuil (janvier). Devient directeur de la succursale du Club du Livre du mois à Paris (mai). Il se découvre la passion des collages. Il a amorcé un nouveau manuscrit : La Banlieue. Refus de La droite n’a pas de fin au Seuil (novembre). 

1952 

Exposition de collages à la librairie du Pont-Traversé de Marcel Béalu (janvier). Claude Tchou prend la direction du Club du livre du mois à Paris (mars) et nomme Sternberg secrétaire adjoint (octobre). Rencontre de Sylvain Dhomme et d’Eugène Ionesco (mai). Se met à écrire trois pièces de théâtre qui seront refusées. Rencontre d’Eric Losfeld (juin). Achève La Banlieue et remanie La sortie est au fond du couloir (septembre). Rejet du Délit et du Refus chez Gallimard. Il adresse ces deux manuscrits rebaptisés L’acquisition et l’Emballeur aux éditions Julliard sous le pseudonyme de Claude Habner ; nouveaux refus (novembre). 

1953 

Refus de la nouvelle version de La sortie est au fond du couloir (rebaptisée La Porte) chez Minuit, Gallimard et Julliard. Parution de La Géométrie dans l’impossible chez Losfeld (mars). Premier article dans la presse française, à Arts : « La plus importante machine du siècle » (avril). Refus de La Banlieue chez Gallimard (mai). Il participe à la création de la revue Bizarre chez Losfeld (mai). Son roman Le Délit est accepté par les éditions Plon (juin). Deuxième exposition de collages à la librairie du Pont-Traversé de Marcel Béalu (octobre). Rencontre de Valérie Schmidt à la librairie « La Balance », premier contact de l’auteur avec le milieu de la science-fiction (décembre). 

1954 

Premier photomontage de SF dans la revue Fiction (février). Premier texte de SF dans Fiction : Le Désert (mars). Sélection de contes -divers faits- publiée dans la NRF (mai). Début de Journal de mon futur passé, « première explosion personnelle de l’humour, de ma façon de l’envisager », selon Sternberg. Parution du Délit chez Plon (octobre). Un beau dimanche de printemps dans Fiction (octobre). 

1955 

L’auteur crée un fanzine ronéotypé, Le petit silence illustré (PSI), dont le numéro 1 sort en février. La revue prendra fin en décembre 1958. Exposition de collages futuristes à la galerie Jacob, rue de Bonaparte (avril). Parution de La Géométrie de la terreur chez Losfeld, recueil de contes dont Quoi ? est le plus singulier (novembre). 

1956 

Publication de Petit précis de l’histoire du futur (Janvier). Article sur les caricaturistes américains dans Fiction (avril). Le Navigateur dans Fiction (juillet). Parution de La sortie est au fond de l’espace (septembre). Les Conquérants dans Fiction (octobre). Série d’articles De la caricature considérée comme un des beaux-arts dans la revue Arts (octobre-novembre). Départ pour Bruxelles pour travailler au Club du livre du mois, où il amorce le manuscrit de 20 000 lieues sous l’avenir, qui deviendra L’Employé (fin d’année). 

1957 

Retour à Paris (août). Comment vont les affaires ? dans Fiction (mai). Une succursale du fantastique nommée science-fiction dans Arts (novembre). Vos passeports, Messieurs dans Fiction (décembre). 

1958 

Publication de Entre deux mondes incertains chez Denoël (janvier). Partir, c’est mourir un peu moins dans Fiction (février). Série d’articles Dix grands caricaturistes français dans Arts (23 juillet au 9 septembre). Trois nouvelles d’amour dans Marie-Claire (à compter d’août). Articles sur l’exposition universelle de Bruxelles, dans France Observateur et Fiction. (septembre). Parution de L’Employé (octobre). Marée basse dans Fiction (novembre). 

1959 

Bonnes vacances dans un numéro spécial de Fiction. La Persévérance vient à bout de tout dans Satellite (mars). Sternberg est promu secrétaire de rédaction au journal Arts. Série d’articles La caricature en huit leçons (juillet à septembre) où figure un dessin de Roland Topor, sans doute les premiers pas de son amitié avec le dessinateur. 

1960 

Parution de Glaise et de l’Architecte (janvier). Celui qui savait dans Fiction (janvier). Série d’articles Le banc d’essai de l’humour dans Arts. Nous deux dans Fiction (décembre). Manuel du parfait petit secrétaire commercial. Jérôme Lindon refuse le manuscrit d’Un jour ouvrable.  

1961 

Parution de la nouvelle Géométrie dans l’impossible (janvier). Parution de l’anthologie Un siècle d’humour français aux éditions Productions de Paris. Grand prix de l’humour noir pour l’ensemble de son œuvre et avec une mention spéciale pour La Banlieue édité ce même mois chez Julliard (octobre). Parution d’Un jour ouvrable (décembre). L’écrivain continue de végéter dans un club de livres, puis rencontre Louis Pauwels qui lui donne un emploi de rewriter de préfaces dans sa collection La bibliothèque mondiale. Création de la revue Planète par Louis Pauwels. 

1962 

Nouvelle Les Ephémères dans Fiction (janvier). Participe à la fondation du mouvement Panique (février). Rencontre d’Alain Resnais qui lui propose d’écrire un scénario pour lui. Début de sa collaboration à la revue Planète où il rencontre le dessinateur Jean Gourmelin.   

1963 

Louis Pauwels le nomme directeur littéraire des anthologies Planète ; Jacques Bergier et Xavier Grall en seront les collaborateurs. Ce tout premier emploi lucratif change sa vie. Dernière nouvelle dans Fiction : Le reste est silence (août). Articles dans la revue Hara Kiri (dernier article en mai 1964). 

1964 

La première anthologie Planète parait : Les chefs-d’œuvre du sourire.   

1965 

Parution de Toi, ma nuit, son premier véritable succès commercial (été). Représentation de Midi moins cinq au huitième festival du jeune théâtre de Liège, écrite en collaboration avec le dessinateur Ylipe (septembre). Dépôt d’une première version du scénario de Je t’aime, je t’aime à l’Association des auteurs de films (décembre). 

1966 

Création de la revue Plexus (avril). Premier séjour au Moulleau, près d’Arcachon où il redécouvre la joie de la voile à bord d’un dériveur (juillet). Amorce une deuxième version du scénario de Je t’aime, je t’aime. 

1967 

Sortie du film collectif Loin du Vietnam pour lequel l’auteur a écrit le monologue du sketch réalisé par Alain Resnais. Tournage de Je t’aime, je t’aime (septembre). 

1968 

Sortie sur les écrans de Je t’aime, je t’aime (fin avril), présenté au festival de Cannes sabordé par les événements de mai. Parution de la pièce de théâtre C’est la guerre, monsieur Gruber (éditions Losfeld). Engagé par Pierre Lazareff pour écrire des chroniques humoristiques sur l’actualité dans France-Soir (juillet). 

1969 

Entrée au Magazine Littéraire comme chroniqueur (novembre). Cette collaboration durera jusqu’en 1982. 

1970 

Parution d’Attention, planète habitée (janvier). Premier texte autobiographique réaliste dans le Magazine Littéraire (février). Représentation de C’est la guerre, monsieur Gruber par des patients de la clinique psychiatrique de La Borde au théâtre du Lucernaire, Jean-Baptiste Thierrée en étant le réalisateur (mars-avril). 

Début de ses chroniques (Journal d’un fou) au Journal du Dimanche (octobre). Parution de Univers zéro, rééditions de textes de SF et création de la revue Kitsch (novembre). Acquisition d’un dériveur Zef 3004, baptisé L’Eric, au club nautique de Trouville. 

1971 

Parution aux éditions Losfeld des chroniques dans France-Soir qui se sont achevées en septembre 1970 (mai). Parution de Futurs sans avenir chez Laffont (septembre). Parution de la dernière anthologie Planète (consacrée au kitsch).   

1972 

Parution du roman Le Cœur froid chez Bourgois (février), remake de Glaise. Parution de Lettre aux gens malheureux et qui ont bien raison de l’être chez Losfeld, son premier pamphlet (avril). Fin de son emploi de chroniqueur au Journal du dimanche après la mort de Pierre Lazareff (mai). 

1973 

Parution du Dictionnaire du mépris chez Calmann-Lévy (juin). Premier numéro de sa revue Le Mépris, éditée chez Kesselring (octobre). Représentation de C’est la guerre, monsieur Gruber au théâtre de l’Odéon (novembre-décembre). Entrée au Monde (numéro du 16-17 décembre) où il écrira des chroniques jusqu’en 1977, puis des contes brefs jusqu’en 1982. 

1974 

Parution de A la dérive en dériveur, ouvrage sur les plaisirs de la voile (premier trimestre). Contes glacés chez Marabout (avril). Parution de Lettre ouverte aux Terriens chez Albin Michel (novembre). L’écrivain, après avoir passé ses vacances à Arcachon, pendant huit années consécutives, séjourne maintenant à Trouville-sur-Mer. 

1975 

Bilan de carrière dans Le Magazine littéraire (novembre). Les éditions Albin Michel mensualisent l’auteur à raison d’un livre par an. 

1976 

Parution de Sophie, la mer et la nuit, le plus grand succès commercial de l’auteur (janvier). Il passe de Trouville-sur-Mer à Villers-sur-Mer pour un séjour de plusieurs mois pendant lequel il écrit avec jubilation Le Navigateur. Cette année est une des plus grisantes de sa vie. L’écrivain commence à s’éloigner du milieu littéraire parisien et des plaisirs de Saint-Germain-des-Prés pour s’adonner aux bonheurs de la voile. 

1977 

Parution du roman Le Navigateur (mars), de Mémoires provisoires aux éditions Retz (avril) et de Vivre en survivant chez Tchou (octobre). 

1978 

Parution de Mai 86 (avril). Installation de l’auteur et de sa femme à la villa Guy Vette à Villers-sur-Mer où ils séjourneront pendant huit années consécutives. 

1979 

Parution d’Agathe et Béatrice (février) et de deux pièces de théâtre, Kriss l’Emballeur et Une soirée comme une autre, chez Bourgois (juin). Décès d’Eric Losfeld (novembre). 

1980 

Une soirée comme une autre a été monté en mars 1980 au Centre culturel de la communauté française de Belgique par la troupe de Jean-Marie Duprez (mars) Parution de Suite pour Eveline, sweet Evelin (mai). Mort de sa mère (décembre). 

1981 

Diffusion de Et Dieu créa le monde au petit théâtre d’Antenne 2 (1 février). Représentation de Kriss l’emballeur par la troupe du Théâtre de l’Ancre, à Charleroi, avec une mise en scène de Patrick Descamps (décembre). Cessation de sa collaboration au Magazine littéraire (fin d’année).   

1982 

Parution de son dernier roman d’amour, L’anonyme, inspiré de l’acteur Marlon Brando (avril). L’échec commercial de ce livre lui ôte le soutien financier d’Albin Michel. Parution du premier roman de son fils, L’An prochain à Auschwitz chez Denoël (septembre). 

1985 

Parution du Dictionnaire des idées revues chez Denoël (mars). En fin d’année, l’écrivain met un terme à sa location de Villers-sur-Mer, cesse de fumer, puis de boire. 

1986 

Parution des Pensées au Cherche-Midi (novembre). Passe ses vacances à Blonville-sur-Mer. 

1988 

Parution de 188 contes à régler chez Denoël, un retour à la forme brève et à la science-fiction à visée pamphlétaire (octobre). 

1989 

Parution de son dernier roman Le Shlemihl, chez Julliard, un décalque d’Attention, planète habitée dont s’achève le démembrement inauguré dans Agathe et Béatrice (janvier). Journées au centre culturel du Botanique à Bruxelles en hommage à l’œuvre de Sternberg (7-9 février). 

1990 

Parution des Histoires à dormir sans vous chez Denoël (avril). 

1991 

Parution des Histoires à mourir de vous (Denoël). 

1993 

Parution des Contes griffus. Le livre, contrairement aux précédents recueils  publiés chez Denoël, s’avère un échec (avril). 

1995 

Parution de Dieu, moi et les autres chez Denoël (octobre). Encore un échec, qui signe sa fin chez l’éditeur. 

1997 

Décès de Roland Topor (avril). 

1998 

Décès d’Alain Dorémieux (juillet). Parution de Si loin de nulle part aux éditions Les Belles Lettres (octobre). 

2001 

Parution de sa dernière autobiographie : Profession : mortel aux Belles Lettres (janvier). Réédition par les éditions belges de La Renaissance du livre de quatre textes importants de l’écrivain : Fin de siècle, Un jour ouvrable, La banlieue et Le délit (avril). 

2002 

Dernier opus, 300 contes pour solde de tout compte aux Belles Lettres (novembre). Au total, Jacques Sternberg aura publié près de 2 000 contes brefs. 

2006. 

Diagnostic d’un cancer des poumons très avancé (avril). Le 11 octobre, Jacques Sternberg meurt à l’âge de 83 ans. 

2008 

Réédition du Délit par les éditions La Dernière goutte (février). Réédition de La boîte à guenilles à la Table ronde (octobre). Sortie du DVD du film Je t’aime, je t’aime.  

2009 

Réédition de Un jour ouvrable chez La Dernière goutte et de l’intégrale des Contes glacés aux éditions belges Mijade (octobre). 

2010  En novembre, traduction en espagnol de l’intégrale des Contes glacés par l’écrivain argentin Eduardo Berti, ainsi que la réédition de Sophie, la mer et la nuit (Albin Michel). 


Archive pour février, 2011

« L’affaire » Céline

Louis-Ferdinand Céline n’aura donc pas droit à une célébration nationale organisée par le ministère de la culture.  Qu’en aurait pensé mon père ? Dans son Dictionnaire des idées revues (1985), conçu comme un anti-Larousse, il avait recensé Céline parmi les créateurs qui l’avaient vraiment marqué : 

« J’ai découvert, dans l’éblouissement, Céline à une saison très particulière : en 1941, alors que s’ouvrait officiellement la chasse aux Juifs, ce qui donnait le signal d’alarme de ma traque personnelle. Le Voyage au bout de la nuit d’abord, et Mort à crédit ensuite -titres qui rimaient richement avec mes soucis de l’année- me donnèrent un tel choc physique et mental que je ne pris même pas en considération l’antisémitisme viscéral de celui que je considère encore comme le plus grand révolutionnaire de la littérature française. Le seul qui ait réussi à échapper à la juste mesure et à la tiédeur de la même littérature.  Comment Céline, si lucide et génial, a-t-il pu être à la fois un anar revenu de tout et un roquet stupidement raciste, cela je n’ai jamais pu le comprendre. J’ai dû admettre le fait contre un de mes seuls principes : en effet, j’ai toujours estimé que l’homme ressemblait à sa façon de cracher ses tripes. » 

A mon avis, mon père se trompe sur deux points. D’abord, l’antisémitisme et le racisme n’ont jamais épargné aucune classe sociale ni aucune mouvance politique, pas même l’extrême-gauche et les anarchistes, sous le couvert de la dénonciation du capitalisme et de l’exploitation de l’homme par l’homme, dont le Juif ploutocrate serait la figure emblématique. Exemples notoires : Karl Marx et Proudhon. Bagatelles pour un massacre s’inscrit dans cette tradition, en rameutant cependant tous les autres clichés basiques de l’antisémitisme : le Juif bolchévique et, in fine, le Juif qui tire toutes les ficelles du monde. En cela, ce livre constitue bel et bien une véritable somme de l’antisémitisme. Entre parenthèses, que ce pamphlet contienne de surcroît une charge tout aussi ordurière contre le communisme n’a bien sûr jamais provoqué de remous. Ensuite, dans Bagatelles pour un massacre, Céline « crache ses tripes » exactement de la même façon que dans le reste de son œuvre. Même style, même violence outrancière, même hargne démesurée, et, dirais-je, mêmes originalité et puissance de l’écriture ; avec, quand même, un supplément de folie au sens clinique du terme. 

Cependant, dans les années 90, la relecture des deux premiers romans de Céline avait déçu mon père. Quant à savoir ce qu’il aurait pensé de cette nouvelle « affaire » Céline, nul doute qu’il se serait borné à déclarer : « J’ai horrrrreur des commémorations ! » 

Céline, je l’ai découvert à l’âge de 14 ans, donc en 1960. Une lecture choc pour moi, au point que je m’étais proposé de me pointer chez l’écrivain-médecin à Meudon. Le temps que je me décide, il m’a coupé l’herbe sous les pieds en mourant un an après. En tout cas, dans mon premier roman, L’An prochain à Auschwitz, on sent tout aussi bien l’influence de Céline que celle de Sternberg. Mieux, mon manuscrit s’intitulait Ritournelle pour un génocide. Personne ne me croira, mais je n’avais nullement songé à Bagatelles pour un massacre, du moins pas consciemment, car par-dessous mon titre m’évoquait une parenté que je ne parvenais pas à identifier. Gérard Bourgadier, directeur des éditions Denoël à l’époque, se chargea d’emblée de me rafraîchir la mémoire. Dans mon deuxième roman, Pourquoi moi, autrement plus scandaleux que le premier (qu’aucun éditeur d’aujourd’hui n’oserait publier), je me suis même permis un horrifiant pastiche de Céline émanant d’un de mes personnages, Hitler lui-même, vociférant contre les Juifs, les Arabes, les Noirs et les Jaunes. Personne ne protesta, mais la communauté juive observa un silence de plomb, alors qu’elle avait beaucoup parlé de mon précédent roman. 

Cela étant, je dois avouer que la relecture de Céline, il y a un an, m’a également déçu. J’ai abandonné mon préféré, Mort à crédit, au bout d’une trentaine de pages, d’abord agacé par la hargne et le sordide de l’écrivain, puis dérouté par son écriture « alambiquée » et tous ces mots ou tournures argotiques que, soudain, je ne comprenais plus. D’où une question : serais-je devenu idiot ? 

L’affaire Céline m’a laissé très partagé. Il m’a paru, dans un premier temps, inadmissible que l’on élimine des célébrations 2011 un si grand écrivain. D’autre part, je comprenais l’émoi des survivants de la Shoah et de leur descendance. Après tout, j’ai eu un grand-père qui n’est jamais revenu du camp de Majdanek. Mais aussi, ayant pris la peine de lire la préface du recueil des célébrations, j’ai buté d’emblée sur l’introduction : 

« Il n’est pas facile mais il est passionnant d’établir une liste des individus dignes d’être célébrés ; c’est-à-dire de ceux dont la vie, l’œuvre, la conduite morale, les valeurs qu’ils symbolisent sont, aujourd’hui, reconnues comme remarquables. » 

Il serait en effet aussi scandaleux que grotesque de prétendre que la « vie, la conduite morale et les valeurs » de Céline ont été exemplaires, même si, en soi, sa détestation de la guerre, du patriotisme, de la nature humaine à la fois veule et meurtrière, et son nihilisme rageur pourraient être portés à son crédit ; et il n’est guère étonnant que Sternberg se soit retrouvé dans l’oeuvre romanesque de Céline. A la différence près que mon père estimait l’être humain toutes espèces confondues intrinsèquement « pervers », une vision globalisante qui lui interdisait tout naturellement de recourir à la théorie d’un quelconque bouc émissaire.  

De toute façon, Céline n’a nul besoin de tels honneurs. Sa célébration passera par d’autres biais. Premier signe, le numéro du Magazine littéraire de ce mois, qui lui est consacré. Je suppose qu’une marée de livres sur Céline nous attend aussi. Donc, je ne m’en fais pas pour lui. En plus, ces célébrations nationales du ministère de la culture, qui remontent à 1999, c’est vraiment la première fois que j’en entends parler, et je dois n’être pas le seul dans ce pays. Bref, le ministère a décidé de ne pas faire de publicité à Céline, mais en contrepartie, c’est Céline qui, malgré lui, fait de la publicité au ministère de la culture. 

J’attends d’ailleurs le ministre au tournant, en 2012, à l’occasion du tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau, un de mes écrivains fétiches : la « conduite morale » du Genevois, parlons-en, avec ses cinq enfants délibérément abandonnés aux Enfants trouvés. Y-aura-t-il un tollé de la part d’associations de parents, de puéricultrices et d’instituteurs de maternelle bien pensants ? Que l’on ne s’y trompe pas, je trouverais cela consternant. Mais je me méfie de cette société devenue si à cheval sur les valeurs morales, cette dégoulinante « moraline » que stigmatisait Nietzsche. Au fait, est-ce que Céline fumait ? Sans doute que oui, la plupart des écrivains fument… Encore une bonne raison de l’avoir écarté des célébrations. Quel horrible bonhomme, décidément ! 

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